Laissez-vous raconter la Margeride.

 

 

 

 

Legende col des trois soeurs

 

 

Neige halo

 

 

 

 

La légende du col des trois soeurs.

 

La légende raconte qu'il y a bien longtemps trois soeurs, Justine Elisa et Cécile, habitaient une ferme perdue pas très loin de la Villedieu. Par un beau dimanche de janvier elles s'en allèrent la main dans la main entendre la messe grande à Châteauneuf de Randon. 

Elles mangèrent ensuite chez une tante qu'elles avaient au bourg.

Comme elles s'en retournaient, elles passèrent devant la Fleur de lys, la grande auberge de la place.

Elles entendirent la cabrette et l'accordéon et s'arrêtèrent pour écouter.

C'est alors qu'un petit monsieur tout de noir vêtu, frisé de moustache et l'oeil vif, s'en vint sur le pas de la porte. Il invita l'aînée à danser une

bourrée, elle ne sut pas refuser. Elles entrèrent, dansèrent, dansèrent... Le galant aux souliers vernis n'avait d'yeux que pour elles, ne s'adressait qu'à elles, ne dansait qu'avec elles... Il les charma si bien qu'elles oublièrent tout, jusqu'à la neige qui tombait maintenant à gros flocons, tombait encore, tombait toujours. Le temps passait.

La cadette, Cécile, finit pourtant par s'inquièter, la nuit arrive vite en janvier.  Elle décida ses soeurs à se remettre en route. L'homme en noir les accompagna jusqu'à la sortie du bourg, peut-être leur vola-t-il un baiser.

Au départ tout alla pour le mieux. Puis, doucement, la nuit tomba. Elles en rirent. Elles connaissaient le chemin, elles l'auraient fait les yeux fermés. Alors se leva la tempête. Elles étaient arrivées au col, à mi chemin de leur maison. L'aînée demanda qu'on s'arrête un moment. Elles s'abritèrent derrière un genévrier, sous un sapin aux basses branches charitables. On repartit. Bientôt l'aînée s'arrêta de nouveau et se laissa tomber dans la neige. Les rafales de vent leur fouettaient le visage, elles devaient crier pour s'entendre. Maintenant Elise pleurait la tête dans les mains et disait avoir froid et entendre hurler les loups.

Les autres l'aidèrent à se relever, la prirent chacune par un bras, la traînèrent, la portèrent. Mais il fallut bien l'abandonner là, sous un pin majestueux, au creux du fossé. Ses soeurs lui promirent de courir chercher le père, il allait arriver avec des couvertures, il allait venir la chercher. Il la porterait s'il le fallait. Le temps pour elles d'aller, pour lui de venir. Pas longtemps.

On devinait dans la tourmente la silhouette massive de la maison quand la seconde trébucha, tomba et ne se releva pas. Péniblement Cécile retourna sur ses pas. Elle se pencha vers sa soeur, lui parla, doucement d'abord. Elle ne répondit pas. Elle hurla son nom, plusieurs fois. En vain. Alors elle prit dans ses mains la tête de Justine, la dévisagea à travers ses larmes. Elle crut voir la sainte Thérèse de plâtre qu'une soeur religieuse avait offerte à ses parents en cadeau de mariage et qui trônait sur la cheminée: deux yeux sans vie dans un masque livide. Elle s'affola.

Elle courut, tomba, se releva, voulut courir encore, étouffa, dût s'arrêter, repartit à pas lourds vers le monumental portail de granit de la bâtisse où elle était née. Elle essaya d'appeler. Elle suffoquait. Et toujours ce lourd voile blanc qu'il fallait repousser sans cesse. Tout s'était tu. Le vent seul hurlait ses rafales. Tout était transformé, nivelé. Du blanc en haut, en bas, ici, là bas. C'est quand elle franchissait le portail que le blanc fut dans sa tête. Elle se sentit tomber. Quand elle reprit connaissance elle vit la fenêtre de sa maison et derrière les carreaux la flamme titubante de la lampe. Quelqu'un était là, près d'elle. C'était son chien, son chien de bergère qui lui léchait la main. Une dernière fois elle voulut appeler, n'y parvint pas. Maintenant le chien lui léchait le visage. C'est sur cette caresse qu'elle s'en alla.

D'aucuns jurent qu'au cimetière, quand le troisième cerceuil descendit dans la fosse, on entendit un grand éclat de rire. La cadette des Martin qui servait ce jour là à la Fleur de Lys assure que ce rire était celui de l'homme en noir. Le vieux curé de La Villedieu, dans un murmure, parle du diable.

 

 

 

 

Lozere10

 

 

 

La légende du col du cheval mort.

 

 

     La légende raconte qu'une veille de Noël, il y a bien longtemps, par une de ces belles journées comme décembre en cache quelques unes dans sa musette, un dénommé Baptistou était allé rendre visite à sa promise à St-Amans.

     Il était parti du Giraldès tôt le matin, le sourire aux lèvres, enchanté de sa jument, une bonne bête achetée à la foire de Grandrieu le jour de la St-Michel.

     Vers les deux heures il se mit à neiger. Gentiment. On parla encore un moment épousailles, on trinqua une dernière fois.

     Puis Baptiste sella sa jument et retourna à Froid Viala.

     En approchant de la baraque en ruines du cantonnier, au pied du col des pendus, on ne voyait plus de chemin. Là il avait neigé en abondance, une épaisse couche blanche recouvrait tout et la jument hésitait à chaque pas.

     C'est alors que le vent se leva.

     Le blanc fut partout qui noyait tout.

     Il gelait à fendre les pierres.

     Il fallait s'abriter et attendre. L'abri était précaire, un muret de pierres sèches à demi écroulé. La respiration de la jument se faisait laborieuse. Le froid l'avait saisie. Elle frissonnait. Un instant il la crut morte, elle montra ses dents jaunes d'une grimace.

     Baptiste étouffait, il luttait pour ne pas s'endormir mais ses membres gourds, sa tête lui pesaient. Ses yeux se fermaient et de vieilles personnes, mortes depuis longtemps et qu'il avait aimées le hélaient dans des sursauts de sommes douloureux.

     Il se souvint de la retraite de Russie. On racontait que des hussards se protégeaient du froid en se glissant dans le ventre des chevaux morts.

     Il saigna comme il put la jument moribonde, lui ouvrit péniblement le ventre, la vida de ses entrailles fumantes et s'abrita à l'intérieur de l'animal.

     Le lendemain la tempête s'était calmée et Baptiste rentra au Giraldès .

     La jument fut perdue, lui eut la vie sauve. Il n'épousa pas sa promise, ce n'était plus un bon parti, il n'avait plus de cheval.

     Le col des pendus, ainsi nommé depuis qu'un seigneur de lieux y avait fait pendre un braconnier et son chien, en changea de nom, on l'appela le col du cheval mort.

 

 

 

Ancette

 

 

 

La légende du seigneur d'Ancette.

 

 

     Il habitait une simple mais forte bâtisse, sans fioriture. Pas la moindre gargouille ni de corbeau sculpté, pas l'ébauche d'une tour. En fait de piton rocheux, une motte de terre qui tournait le dos à la colline. A ses pieds, l'Ance, rivière nonchalante qui déroule ses méandres au printemps parmi les jonquilles, en hiver sous la neige. Une maison de maître, le château d'Ancette, mais de maître cruel.

     Quand ses paysans soldats refusaient de prendre leur pique, il les débusquait avec ses chiens dans les profondeurs du bois noir où ils s'étaient réfugiés et il les faisait pendre. Un jour, il fit pis.

     Quand on lui amena un pauvre bougre du hameau qui s'était enfui pendant une bataille, il lui ordonna d'aller chercher son bœuf. L'homme et l'animal furent enfermés dans une cage de fer. Il s'agissait de savoir lequel des deux, privé d'eau et de nourriture, mourait le premier. On allait en bande les voir dépérir. Leur agonie fut longue. 
     - Et qui est mort le premier?
     - C'est le bœuf, répondait mon père.