extrait de Guillaume

« Un simple berger du Mont Lozère, du nom de Guillaume eut une inspiration semblable à celle de Jeanne d’Arc et alla trouver le roi de France. Hélas ! Pris par les Anglais à Beauvais, il fut ramené àParis et jeté dans la Seine »
La Haute Lozère jadis et naguère, de Rémy CHASTEL, éditions Roudil.
(photo du Mont-Lozère)
Le curé du village cherche à convaincre Joseph qu'il doit accompagner son neveu à Paris.
LE CURE – Tu as vu ta sœur, Joseph ?
JOSEPH – Oui, c’est non.
LE CURE – Comment c’est non ? Tu laisserais cet enfant partir seul pour Paris ?
JOSEPH – Ce n’est plus un enfant. Et puis Paris c’est loin. A mon âge et avec ma mauvaise santé… Qu’est-ce que j’y gagnerais d’abord ?
LE CURE – Tu as beaucoup à y gagner. Le salut de ton âme à coup sûr et de quoi vivre ensuite dans l’aisance jusqu’à ta mort.
JOSEPH – Vivre dans l’aisance moi ? Et comment ?
LE CURE – Songe que Guillaume est un saint.
JOSEPH – C’est un fou ! La mort de son père en a fait un simple d’esprit.
LE CURE – Dieu l’a éprouvé, il a su répondre à son attente et aujourd’hui Dieu le choisit. C’est un saint, je te dis et demain ce village deviendra un lieu de pèlerinage fameux.
JOSEPH – Ce n’est pas quelques pèlerins qui me feront riche.
LE CURE – Détrompe-toi. Mon sacristain est vieux, il devient sourd et mérite le repos.
JOSEPH – Vous voulez que je sonne vos cloches ?
LE CURE – Je veux que tu gères à mes côtés les offrandes, les dons de toutes sortes que ne manqueront pas de faire les fidèles. De plus il sera juste que tu en aies ta part.
JOSEPH – Mais Guillaume n’est pas un saint !
LE CURE – Pas encore. Mais songe que s’il parvient jusqu’à notre roi et lui délivre son message, on ne lui refusera rien. C’est qu’un message de Notre Seigneur sauverait la France à coup sûr. Le roi serait son débiteur.
JOSEPH – Et alors ?
LE CURE – Alors, il nous suffirait d’une relique, d’une toute petite relique. Le trésor royal en est plein.
JOSEPH – Une relique ? Quelle relique ?
LE CURE – Je ne sais pas moi... Un doigt de Saint Jean Baptiste, un cheveu de la Vierge Marie, un fragment de la vraie croix…
JOSEPH – Ca suffirait ?
LE CURE – Ce serait un début.
JOSEPH – Qu’en pense votre évêque ?
LE CURE – Monseigneur est un enfant gâté quelque peu imprévisible. Je le préviendrai quand vous serez en chemin.
JOSEPH – Mais si nous n’arrivons pas jusqu’au roi ?
LE CURE – Dieu l’aidera. Il parlera au roi. Si toutefois il lui arrivait malheur, efforce toi de me ramener sa dépouille.
JOSEPH – Pour quoi faire Grand Dieu ?
LE CURE – Songe, Joseph, un saint martyr. Saint Guillaume ! Son corps serait exposé à jamais dans la nef, dans un châsse magnifique incrustée de pierres précieuses et recouverte d’or. Les pèlerins afflueraient.
JOSEPH – Pensez-vous… Il faudrait au moins qu’il fasse un miracle.
LE CURE – Je me charge des miracles. Que l’on proclame aux carrefours qu’il guérit les sourds et les sourds viendront. Il en guérira. L’homme est faible, il veut être choisi. Il est ainsi fait. Un miraculé en appelle un autre. Et un miraculé vaut de l'or! Et les indulgences? As-tu songé aux indulgences, Joseph ? (Il mime uncuré s'adressant à un pèlerin.) Certes Guillaume peut t'aider mon fils, Mais Guillaume est très demandé. Il faut que tu saches attirer son attention. Il est très attaché à son village et son village a ses pauvres. Fais un geste pour ses pauvres et Guillaume t'épargnera les souffrances que tes fautes t'ont values.
JOSEPH – Mais c’est Guillaume ! C’est mon neveu !
LE CURE – Et alors? La Vierge Marie aussi avait de la famille et la plupart des élus ! Songe que Dieu a épargné Guillaume de la foudre!
JOSEPH – C’est sa vessie qui l’a sauvé Monsieur le curé. Sauf votre respect il s’est éloigné de l’arbre sous lequel son père et lui s’abritaient pour aller pisser.
LE CURE – Et la foudre est tombée juste à ce moment là? Non, c’était un miracle. Et aujourd’hui Dieu lui apparaît et lui parle. Qu’estce qu'il te faut de plus?
Dernière mise à jour de cette rubrique le 17/12/2007